Les Ombres. Emile Verhaeren.

 

 Les Ombres. Emile Verhaeren. dans Textes choisis beau-visage-3505379fc1-11bee81-300x300

 

LES OMBRES.

Trouant de tes rayons sans nombre

Le feuillage léger,

Soleil,

Tu promènes, comme un berger,

Le tranquille troupeau des ombres

Dans les jardins et les vergers.

 

Dès le matin, par bandes,

Sitôt que le ciel est vermeil,

Elles s’étendent

Au loin, là-bas, jusques à l’horizon;

Leur masse lente et leur dessin mobile

Ornent les toits couverts de tuiles

Et se penchent sur les pignons

Des hameaux recueillis et des humbles maisons.

Les angelus des petites chapelles

D’une voix grêle les rappellent;

Midi les serre en rond

Autour des troncs.

 

En petits tas, elles prolongent leur sieste

Jusqu’au moment où s’animent les champs :

L’heure sonnant alors joyeuse et preste

Les disperse sur le penchant

Des talus verts et des collines;

Déjà les brouillards fins tissent leurs mousselines

Fines,

Mais les ombres se ravivent encor   

Et s’allongent et s’étalent dans le décor

Et le faste sanglant des fleurs et des fruits rouges,

Et ne rentrent qu’au soir ou plus ni vent ni bruit

Ne bougent,

Toutes ensemble, au bercail de la nuit

 

Emile Verhaeren (Les blés mouvants)

fleurs-papillons Emile Verhaeren dans Textes choisis

 


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