Pierre Loti et Rochefort 2

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La cour de la Maison de Loti à Rochefort.

Au cours de ma vie, j’ aurais donc été moins
impressionné sans doute par la fantasmagorie
changeante du monde, si je n’ avais commencé l’ étape
dans un milieu presque incolore, dans le coin le plus
tranquille de la plus ordinaire des petites villes :
recevant une éducation austèrement religieuse ;
bornant mes plus grands voyages à ces bois de la
Limoise, qui me semblaient profonds comme les
forêts primitives, ou bien à ces plages de
l’  » île  » , qui me mettaient un peu d’ immensité dans
les yeux lors de mes visites à mes vieilles tantes
de Saint-Pierre-d’ Oleron.
C’ était surtout dans la cour de notre maison que
se passait le plus clair de mes étés ; il me
semblait que ce fût là mon principal domaine, et je
l’ adorais…
bien jolie, il est vrai, cette cour ; plus ensoleillée
et aérée, et fleurie que la plupart des jardins de
ville. Sorte de longue avenue de branches vertes et
de fleurs, bordée au midi par de vieux petits murs
bas d’ où retombaient des rosiers, des chèvrefeuilles,
et que dépassaient des têtes d’ arbres fruitiers du
voisinage. Longue avenue très fleurie donnant des
illusions de profondeur, elle s’ en allait en
perspective fuyante, sous des berceaux de vigne et de
jasmin, jusqu’ à un recoin qui s’ élargissait comme
un grand salon de verdure, -puis elle finissait à
un chai, de construction très ancienne, dont les
pierres grises disparaissaient sous des treilles et du lierre.
 
Oh ! Que je l’ ai aimée, cette cour, et que je l’ aime
encore !
Les plus pénétrants premiers souvenirs que j’ en
aie gardés, sont, je crois, ceux des belles soirées
longues de l’ été. -oh ! Revenir de la promenade,
le soir, à ces crépuscules chauds et limpides qui
étaient certainement bien plus délicieux alors
qu’ aujourd’ hui ; rentrer dans cette cour, que les
daturas, les chèvrefeuilles remplissaient des plus
suaves odeurs, et, en arrivant, apercevoir dès la
porte toute cette longue enfilade de branches
retombantes ! …
par-dessous un premier berceau, de jasmin de la
Virginie, une trouée dans la verdure laissait
paraître un coin encore lumineux du rouge couchant.
Et, tout au fond, parmi les masses déjà assombries
des feuillages, on distinguait trois ou quatre
personnes bien tranquillement assises sur des
chaises ; -des personnes en robe noire, il est vrai,
et immobiles-mais très rassurantes quand même,
très connues, très aimées : mère, grand’ mère et
tantes. Alors je prenais ma course pour aller me
jeter sur leurs genoux, -et c’ était un des
instants les plus amusants de ma journée.

Extrait du Roman d’un enfant de Pierre Loti.

Sources : http://gallica.bnf.fr/

 


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3 commentaires

  1. gibi dit :

    Et voilà comment l’on apprend plein de chose avec les blogs, c’est très sympa pour moi qui n’en n’a pas créé (et qui ne saurait pas) merci à vous toutes.
    Gibi

  2. rissia dit :

    Très beau texte, j’aime bien, et merci pour cet aperçu, bonne continuation………

    @

  3. francoise oleron dit :

    pierre loti est d’ailleurs enterré à Saint Pierre d’Oléron, voici un peu de ledcture, si cela peut t’intéresser

    L’Enfance
    L’Homme
    L’Homme du monde
    Loti et Oléron
    La Maison des Aïeules

    L’Enfance
    Le 14 janvier 1850 naît à Rochefort Julien VIAUD. Enfant d’une famille bourgeoise très féminisée dans la mesure où le petit Julien est entouré de sa mère, sa s?ur aînée, sa grand-mère et de ses tantes qui toutes lui inculquent l’amour de l’île d’Oléron, berceau de la famille maternelle. Son frère bien plus âgé, lui donnera le goût de l’exotisme et sa s?ur celui de l’art. Son père homme cultivé et très impliqué dans la vie rochefortaise, se sent minoritaire à la maison de la rue de Fleurus, mais il écrit et donnera à son fils le goût du verbe.
    L’ambiance de son enfance va produire sur le jeune garçon l’effet d’un conditionnement qui va commander bien de ses attitudes dans la vie d’homme. Le pseudonyme lui viendra plus tard de son séjour à Tahiti ( 1872) où les jeunes femmes qui entourent la reine Pomaré jouent à le faire rougir en le provoquant , elle finissent par l’appeler le rôti (rose en tahitien) ce qui avec leur défaut de langue deviendra Loti.
    Dans la rue de Fleurus, qui depuis est devenue rue de St-Pierre, puis rue Pierre Loti, naturellement, la famille habite une grande maison que Pierre Loti considérera comme son monde naturel avec les envies et les jeux d’un enfant gâté. Il y reviendra périodiquement au cours de son existence ballotée aux quatre coins du monde. Marie sa s?ur aînée qui a dix-neuf ans de plus que lui est une artiste et elle inculque au jeune garçon le goût du beau, le sens de l’art. Gustave, son frère qui lui, a douze ans de plus, lui donne le goût de l’exotisme par des récits de voyages. Théodore son père, receveur municipal, lui communique l’amour de sa ville et des lettres car il écrit et donnera peut-être à son fils le goût de la lecture. Cette conjonction de formations parallèles formera l’esprit du jeune Julien qui gardant profondément ancré l’amour de ses racines, ira de par le monde pour enrichir sans cesse sa mémoire de mille et un paysages, de mille et une coutumes, avec une prédilection certaine pour le monde ancien ou le monde musulman. Cependant avec l’adolescence le garçon se sentira de plus en plus coincé dans un monde qui lui apporte beaucoup mais qui en même temps semble le retenir prisonnier. Il se décidera alors à s’engager dans la marine. Il entre à l’école navale en 1867.

    Pour en savoir encore plus sur l’homme, son ?uvre, sa maison, ses folies et ses passions… ne manquez pas la visite de « La Maison Pierre Loti » – 141, rue Pierre Loti – 17300 Rochefort – Tél. ( 33) 5.46.99.16.88 – musees.rochefort.alienor@wanadoo.fr
    Pierre Loti a beaucoup aimé Oléron, sa dépouille mortelle y fut rapportée le 16 juin 1923.

    A Saint-Pierre, une plaque en grès rappelle :
    « Ici, dans le jardin de la maison des aïeules, Pierre Loti repose sous le lierre et les lauriers ».
    (Conformément aux v?ux de Pierre Loti, la maison des aïeules ne se visite pas.)

    Bisous

    Françoise

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