Archive pour 3 janvier, 2007

Le vent

 

 

Poème d’actualité……

 

Le vent

 

-Le vent, le vent pendant les nuits d’ hiver lucides
pâlit les cieux et les lointains comme un acide.
-voici qu’ il vient du pôle où de hauts glaciers blancs
alignent leurs palais de gel et de silence ;
âpre, tranquille et continu dans ses élans,
il aiguise les rocs comme un faisceau de lances ;
son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
s’ attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
et secoue, à travers l’ immensité des mers,
toutes les plumes de la neige.
-d’ où que vienne le vent,
il rapporte de ses voyages,
à travers l’ infini des champs et des villages,
on ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
Avec ses lèvres d’ or frôlant le sol des plaines,
il a baisé la joie et la douleur humaines partout ;
les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
tout ce qui met dans l’ âme une attente immortelle,

 

 

Émile Verhaeren. La multiple splendeur

Voltaire : Zadig.

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Zadig, ou la destinée Histoire Orientale

Epitre dédicatoire de Zadig à la sultane Shéraa par Sadi

Le 10 du mois de Schewal, l’an 837 de l’hégire.

Charme de prunelles, tourment des coeurs, lumière de l’esprit, je ne baise point la poussière de vos pieds, parce que vous ne marchez guère, ou que vous marchez sur des tapis d’Iran ou sur des roses. Je vous offre la traduction d’un livre d’un ancien sage qui, ayant le bonheur de n’avoir rien à faire, eut celui de s’amuser à écrire l’histoire de Zadig, ouvrage qui dit plus qu’il ne semble dire. Je vous prie de le lire et d’en juger: car, quoique vous soyez dans le printemps de votre vie, quoique tous les plaisirs vous cherchent, quoique vous soyez belle, et que vos talents ajoutent à votre beauté; quoiqu’on vous loue du soir au matin, et que par toutes ces raisons vous soyez en droit de n’avoir pas le sens commun, cependant vous avez l’esprit très sage et le goût très fin, et je vous ai entendue raisonner mieux que de vieux derviches à longue barbe et à bonnet pointu. Vous êtes discrète et vous n’êtes point défiante; vous êtes douce sans être faible; vous êtes bienfaisante avec discernement; vous aimez vos amis, et vous ne vous faites point d’ennemis. Votre esprit n’emprunte jamais ses agréments des traits de la médisance; vous ne dites de mal ni n’en faites, malgré la prodigieuse facilité que vous y auriez. Enfin votre âme m’a toujours paru pure comme votre beauté. Vous avez même un petit fonds de philosophie qui m’a fait croire que vous prendriez plus de goût qu’une autre à cet ouvrage d’un sage.

Il fut écrit d’abord en ancien chaldéen, que ni vous ni moi n’entendons. On le traduisit en arabe, pour amuser le célèbre sultan Ouloug-beb. C’était du temps où les Arabes et les Persans commençaient à écrire des Mille et une Nuits, des Mille et un Jours, etc. Ouloug aimait mieux la lecture de Zadig; mais les sultanes aimaient mieux les Mille et un. « Comment pouvez-vous préférer, leur disait le sage Ouloug, des contes qui sont sans raison, et qui ne signifient rien? – C’est précisément pour cela que nous les aimons, répondaient les sultanes. »

Je me flatte que vous ne leur ressemblerez pas, et que vous serez un vrai Ouloug. J’espère même que, quand vous serez lasse des conversations générales, qui ressemblent assez aux Mille et un, à cela près qu’elles sont moins amusantes, je pourrai trouver une minute pour avoir l’honneur de vous parler raison. Si vous aviez été Thalestris du temps de Scander, fils de Philippe; si vous aviez été la reine de Sabée du temps de Soleiman, c’eussent été ces rois qui auraient fait le voyage.

Je prie les vertus célestes que vos plaisirs soient sans mélange, votre beauté durable, et votre bonheur sans fin.

Sadi.

Voltaire (1694-1778). Contes en vers et en prose

 

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